La Montagne

31 août 2023

L'union sacrée pour restaurer l'église

À Chamberaud, de l’ancienne commanderie du XIIIe siècle, ne subsistent aujourd’hui que la chapelle et la tour carrée devenue clocher. Un édifice toujours imposant mais qui nécessite d’importants travaux. Un chantier qu’une association d’habitants compte bien voir aboutir.
On ne peut pas dire que l’église de Chamberaud soit bénie des cieux. « Elle a été frappée deux fois par la foudre…, rappelle Michel Giron, en souriant. C’est pas de chance, non, surtout quand c’est un orage en février?! » Heureusement, l’édifice classé peut compter sur le soutien sans faille des ouailles du village.
À commencer par Michel Giron – qui fut maire jusqu’en 2020 et qui est aujourd’hui président de l’Association pour la valorisation du patrimoine historique de Chamberaud – et Philippe Buisson, descendant de maçons de la Creuse originaires du village, dont il a hérité maison et goût pour les pierres. Tous deux font partie de cette vingtaine d’habitants de la commune (qui en compte cent) qui œuvrent au sein de cette association créée dans les années 90.

Le montant des travaux ? Dix fois le budget de la commune

Car si la restauration de cette ancienne commanderie est aussi une préoccupation des municipalités successives, le chantier est bien trop conséquent pour les finances de la commune : « Les travaux sont estimés à 600.000 €, c’est dix fois le budget de Chamberaud, explique Michel Giron. Même si on avait un maximum de subventions, la municipalité aurait toujours 20 % à sa charge. Il y a déjà eu travaux dans le passé – les derniers concernaient la sacristie – mais c’est un éternel recommencement. Car il y a surtout la problématique de la sécurité. L’ancien maire était très inquiet au niveau de la circulation intérieure : il aurait bien voulu refaire le dallage, assez dangereux pour les personnes âgées, et faire aussi protéger l’entrée de la cave mais ça ne s’est pas fait car l’architecte des monuments voulait que le dallage intérieur reste en l’état : défaire chaque pavé pour les remettre un à un, vous imaginez ce que ça coûte?? C’est un monument historique classé et il y a plus d’inconvénients que d’avantages finalement ».

Un premier rendez-vous annoncé pour les Journées du patrimoine

Mise en sécurité, toiture, dallage… : les travaux sont en effet conséquents et indispensables aujourd’hui, ne serait-ce que pour ouvrir l’église plus souvent, en toute sécurité.
Maintes fois repoussés à cause de leur coût, l’association va-t-elle pouvoir les mener à bien?? La volonté est là, en tout cas.

« Le maire actuel est conscient des travaux mais c’est un très gros dossier, rapporte Philippe Buisson. Il a demandé à l’association si elle pouvait s’en occuper. On a donc fait faire un devis et on aimerait bien être soutenu par la Fondation du patrimoine. Et même par le Loto du patrimoine. Mais il faut que l’édifice ait un intérêt particulier. On compte sur le fait que ce soit une maison templière… »
L’association compte ainsi lancer une collecte de fonds et annonce d’ores et déjà un premier rendez-vous, pour les Journées du patrimoine (*) : une conférence sur l’histoire de l’édifice, par Jean-Marie Allart, auteur d’une étude sur les Hospitaliers et templiers dans la Creuse. Qui se tiendra dans l’église même. Un signe annonciateur??

Séverine Perrier

(*) Samedi 16 septembre à 14h45

La Montagne

29 novembre 1995

L’église sauvée des eaux…
et de l’oubli

L’église de Chamberaud, un bel édifice du XIIIe siècle, dernier témoin d’une commanderie moyenâgeuse de l’ordre de Malte, vient d’être sauvée de la ruine. Des travaux d’une haute technicité ont, en effet, été entrepris, en partie grâce à la générosité de nombreux donateurs du village…
GUERET. – « Je me souviens d’un temps où les contreforts de l’église étaient envahis et presque dévorés par des lierres plus gros que le poing. Je grimpais dessus jusqu’en haut quand j’étais petit… Plus d’une fois, je suis allé sur le toit de l’église » se remémore avec malice André Roudier, le maire de Chamberaud.
« Pour le baptême de ma fille, en 1970, nous avons failli prendre le clocher sur la tête, poursuit-il. Je me rappelle aussi d'une époque où les tuiles volaient au gré du vent et voici déjà fort longtemps, deux travées se sont écroulées qui ont empêché le curé de dire la messe pendant une quinzaine d'années ».
Les péripéties qu'a traversées l'église de Chamberaud et son progressif délabrement racontés par le maire de la commune s'apparentent presque à un roman picaresque… C'est compter sans l'attachement du maire et des habitants de la commune à ce majestueux édifice.

Une voûte en arc

Datant du XIIIe siècle, l’église constitue le dernier témoignage de la commanderie de l’ordre de Malte installée à Chamberaud au Moyen-Age.
La chapelle des chevaliers, intégrée dans le château, devint église paroissiale après que Chamberaud ait été détachée de la paroisse de Fransèches, à laquelle elle appartenait encore en 1282.
Au cours des siècles, l'église a subi de nombreuses vicissitudes. Elle n'est composée que d'une nef à chevet droit, de quatre travées, la dernière formant un chœur. Les voûtes d'ogives d'origine, en pierre, se sont écroulées et ont été remplacées par des voûtes d'ogives en bois avec liernes.
Remarquable à plus d'un titre - elle présente une voûte en arc, dont il n'existe qu'un autre exemplaire en Creuse, à Fransèches — l'église a été inscrite à l’Inventaire des monuments historiques en 1957 et classée en 1991.
« Cet édifice était en très mauvais état, explique Alain Broussard, technicien des Bâtiments de France. Deux voûtes s'étaient entièrement écroulées et les autres se trouvaient dans un piteux état à cause des fuites d'eau provenant de la toiture. L'église était tout juste sauvable ».

De généreux donateurs

Le maire et les habitants de Chamberaud se sont mobilisés, in extremis, pour sauver cet édifice aux nobles origines.
« Notre commune est minuscule, nous sommes une poignée de 112 habitants... C'est dire si nous disposons de modestes moyens ! Mais la restauration était souhaitée par tous, alors j'ai pris mon bâton de pèlerin et je suis allé voir chacun. J'ai reçu un accueil remarquable et j'ai été très surpris par la générosité des uns et des autres... et surtout de notre curé Frédo ! », commente le maire.
L’association pour la valorisation du patrimoine historique de la commune de Chamberaud a réussi à collecter 190.000 F. Cette somme, ajoutée à un total de subventions de 72,5 % de l'Etat, du Conseil général et du Conseil régional, a permis d'entreprendre la restauration complète des voûtes de l’édifice.
Une forêt d'échafaudages et une passerelle, qui a servi d'étaiement provisoire, a été posée par l'entreprise Roussy-Avignon, d'Ajain, l'an dernier. Le gros des travaux a été entrepris au mois d'octobre par l'entreprise Godivier, choisie pour sa technicité et sa compétence en matière de Monuments historiques et de travaux spéciaux.
Sous le regard avisé du maire de la commune - lui-même charpentier de métier — trois compagnons des devoirs du tour de France travaillent les bois cintrés et moulurés, manipulent la résine pour restaurer les voûtes. Jean-Marc Lacoste, Jean-Marc Delamotte, Joël Caillet et Nicolas, un jeune apprenti, œuvrent avec passion et dextérité.
Le service des Bâtiments de France s'est impliqué dans son entier pour sauver l'église. Alain Broussard a établi des plans « d'une précision exceptionnelle » selon l'expression du maire, avec une priorité : préserver les plus beaux vestiges de l'édifice. Deux magnifiques clés de voûtes à l'effigie de la croix de Malte ont ainsi pu être restaurée.
Les habitants de Chamberaud et leur maire - généreux instigateurs des travaux — pourront sous peu se féliciter d'avoir rendu à leur église sa superbe.

Christine Ravier-Gros

Les travaux en 1998 - à gauche, André Roudier

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